Quand on était petits, tu te souviens, on se donnait la main, et on se rangeait en rang. On disait qu'on serait chanteuse ou bien pilote d'avion. On avait des rêves plein la tête. On dessinait des bonhommes avec de longs doigts, aux corps difformes, disproportionnés. Tu te souviens ? On chantait des chansons et on prenait un malin plaisir a sauter dans les flaques d'eau pour tâcher nos pantalons. Et puis, il y avait les fêtes de fin d'année. On s'amusait à réviser les chorégraphies et à se déguiser. On piquait le maquillage de nos mères et puis on se mettait du rouge a lèvres en dépassant. Et puis, après, on se disait que plus tard, on ne fumerait pas, et qu'on pourrait donner notre sang aux gens qui en auraient besoin, parce qu'il serait pur, sans problèmes de santé. Maintenant, on ne dort plus à la maison, on zone la journée, on sèche les cours de sport. On fume et on boit pour s'amuser, les dessins ne nous intéressent plus. On prend un malin plaisir à tester la réaction de nos parents quand on rentre en retard ou habillés n'importe comment. Nos rêves se sont effacés. Jamais on ne deviendra chanteuse ou pilote. Les désillusions sont grandes et on tombe de haut. On commence à avoir des responsabilités sur le dos. On n'écoute plus les comptines de notre enfance, mais on se pose devant le mur de son à écouter du hardcore. Et d'ailleurs, dans nos oreilles, il n'y a plus les jolies boucles que les parents nous avaient offert pour un anniversaire ou un noël, mais des plugs de 12 mm. Et sur nos lèvres, il n'y a plus le goût des bonbons trop sucrés, mais celui de l'alcool et du bedo.